Lettre ouverte à Jean-Michel Martial, Vice-Président du CREFOM

Lettre ouverte à Jean-Michel Martial, Vice-Président du CREFOM

Goussainville, le 06 Mai 2016

La Co-Présidente,
Rosine Trival

Objet : Lettre ouverte à Jean-Michel Martial, Vice-Président du CREFOM

Monsieur le Vice-Président du CREFOM

« C’est avec stupéfaction et une profonde déception que nous avons pris connaissance de votre communiqué concernant la famille Jasmin. En effet, ce dernier a suscité une vive émotion chez les militants du Comité Femme Fer, ceux-ci se sont sentis trahis, et salis pour la 2ème fois ! »

Au lendemain du procès, votre communiqué condamne cette famille, sans ménagement, en toute partialité, alors même que le tribunal ne s’est pas encore prononcé. Je cite votre titre :
« Condamnation des actes de la prêtresse animiste de Marly-la-Ville »

Le CREFOM : Conseil Représentatif des Français d’Outre-Mer
« Notre Voix, Notre Force, Notre France »

Votre slogan le souligne, vous êtes une « Force ». Et c’est avec force que vous condamnez toute une famille qui a pour seul crime de pratiquer son culte de descendants d’esclaves.

Depuis 7 ans, la procédure, longue et difficile, avait déjà anéantit cette famille. Vous avez contribué à les mettre à terre. Si la « Force » vive des représentants d’Outre-Mer les accable, comment voulez-vous qu’ils se sortent de cette cabale infernale dont ils font l’objet depuis 2009 ?

Oui Monsieur le Vice-Président, une machination savamment orchestrée dont vous vous faîtes complice par la méconnaissance du dossier. Mais que n’avez-vous pas cherché à connaitre ce dossier avant de prendre position contre ces Français d’Outre-Mer ?

Le Comité Femme Fer se bat aux côtés de cette famille, qui en plus de cette lourde épreuve, doit aussi subir une presse calomnieuse et dévastatrice. Vous venez par ce communiqué, dont nous n’avons eu connaissance que récemment, leur donner raison en relayant sur votre site, leurs articles diffamatoires.

Vous n’hésitez pas à pilonner une famille antillaise, membre de votre organisation, en toute ignorance de leur dossier afin de préserver le nom du CREFOM, cité selon vos dires 14 fois.

Est-ce comme cela que vous traitez vos membres ? Ne prenez-vous que les combats des causes qui n’entachent pas votre organisation ? Les causes qui séduisent un certain public ?

S’il est vrai qu’il est question d’une atteinte à votre image, pour reprendre vos thermes, il est tout aussi vrai, qu’au lendemain du procès, il est question de présomption d’innocence. Vous sembliez l’avoir oublié lorsque vous les condamniez.

Lorsque ces journalistes mentionnent le nom du CREFOM, vous subissez un préjudice. Mais lorsque que ces mêmes journalistes nomment la famille Jasmin, ils retrouvent la justesse des mots et des faits ?

Sa ki pa bon pou zwa, pa bon pou kanna Monsieur Le Vice-Président.

Nous sommes descendants d’esclaves. Nous nous apprêtons à commémorer nos ancêtres ce 10 mai 2016 et pendant tout le mois de mai, certainement même à vos côtés. Que diraient Boukman, Delgrès ou Solitude en voyant cette chasse aux sorcières digne du 16ème siècle ?

Qu’est-ce que la Mémoire ?
Qu’est-ce que la transmission ?
Notre Histoire,
Notre héritage Culturel et Cultuel,
N’en déplaise à la France !

Oseriez-vous affirmer que nous n’avons pas d’autre héritage cultuel que celui du Christianisme dans les Antilles françaises ?

L’Umbanda brésilien (dont il existe une faculté de théologie umbandiste à Rio de Janero), Le Candomblé Ketu, Angola ou Brésilien, Le Vaudou Haïtien, La Santeria Cubaine, Le Chamanisme du Japon, de Chine, d’Amérique ou de Sibérie, L’animisme des Antilles Françaises, L’animisme de France, car il existe bel et bien un Animisme de France… Sont-ce là des gros mots ???

Si L’Etat Français n’est pas prêt à financer des lieux de cultes animistes à l’instar de l’Etat brésilien qui protège et reconnaît les Prêtres et Prêtresse du Candomblé -jadis prohibé et criminalisé, tout comme semble l’être l’animisme aujourd’hui en France ; le CREFOM n’a-t-il pas pour rôle d’expliquer, de défendre nos spécificités et de s’en porter garant, quand bien même ces dernières pourraient surprendre nos compatriotes métropolitains ?

Vos statuts auraient-ils été modifiés ?

A qui demande-t-on les détails de son rite initiatique en France ? Aux Prêtres Catholiques ? Aux Moines ? Aux Bonnes-Soeurs ?

A qui demande-t-on de se justifier de sa foi ou de la pratique de son culte en France ? Loi 1905.

Un lieu de culte profané puis fermé, c’est aussi un pan de la communauté antillaise en dérive. Des honnêtes gens harcelés, traumatisés, et menacés s’ils ne portaient pas plainte contre leur Prêtresse. La voilà la réalité !

Vous auriez dû, Monsieur le Vice-Président vous rendre au tribunal pour voir comment les Animistes sont traités en France. Avec quel mépris, et quelles moqueries.

Vous auriez pu voir ô combien ils sont infantilisés, et comment on leur explique qu’ils ne savent pas ce qu’ils font en pratiquant le culte de leurs Ancêtres…

Vous auriez dû voir comment, tout comme le Maître Blanc, des gendarmes ont obligés des fidèles à se retourner contre leur religion ancestrale offrant au final un triste tableau :

Celui du Nègre… contre le Nègre.

Où étiez-vous ?
Vous, le CREFOM,
Vous, les représentants des Français d’Outre-Mer,
Vous, dont nous étions si fiers,
Nous, les descendants d’esclaves,
Nous, les Antillais,
Nous, les Français d’Outre-Mer.

Vous étiez occupé à compter le nombre de fois où le nom CREFOM a été cité ? Alors même qu’une mise en péril de vos compatriotes avait lieu.

Bien que personne n’aie jamais demandé votre soutien jusqu’à ce jour dans cette triste affaire, laissant la justice faire son travail, il serait bon que vous cessiez de vous défendre en montrant du doigt cette famille comme étant des personnes immorales, non recommandables et non fréquentables. Rendez-nous service : ne contribuez pas à jeter l’opprobre sur une religion, la religion de nos Ancêtres.

En nous ralliant au CREFOM que ce soit en qualité d’adhérents ou de sympathisants, nous croyions en une Voix qui porterait avec Force toutes nos voix en France.

Nous serions-nous trompés ?

S’agit-il du CREFOM : Conseil Représentatif de CERTAINS Français d’Outre-Mer ?

Défenseur d’une partie de la Mémoire ?

Pour ma part, je me porte garant pour ces personnes, et je suis à la fois attristée mais combative quand je vois ma communauté se diviser au profit d’esprits chagrins, vils et ignorants.

Je vous remercie d’avance de l’intérêt que vous porterez, j’en suis persuadée, à cette lettre et je souhaiterai vous rencontrer, Monsieur le Vice-Président afin que nous puissions échanger de vive voix et rassurer nos compatriotes inquiets.

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Vice-Président, mes salutations distinguées.

Cordialement,
Rosine Trival
Co-Présidente du Comité Femme Fer
Comité de défense de la Mémoire des Sociétés Traditionnelles
et de toutes formes d’inégalités inhérentes à leur identité religieuse et de descendants d’esclaves
Tel : 06 27 08 09 07
rosinetrival@gmail.com

Pour aller plus loin :

Categories: Culture, Société

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