Guadeloupe : Loïck Peyron remporte la dixième Route du rhum

Guadeloupe : Loïck Peyron remporte la dixième Route du rhum

La septième tentative sur la Route du rhum fut celle de la consécration pour Loïck Peyron, 54 ans. Trente-deux années après sa première participation à bord du petit trimaran La Baule-Teletota et trois abandons plus tard (1990, 1994 et 2002), le cadet des frères Peyron a remporté, lundi 10 novembre, pour la première fois la plus populaire des courses transatlantiques dans la catégorie reine des Ultime, multicoques de plus de 60 pieds (18,30 m). Une victoire mais aussi un record. Parti le 2 novembre, le skippeur de Banque-Populaire VII a fait voler en éclats la précédente marque, ralliant Saint-Malo à Pointe-à-Pitre en 7 jours, 15 heures et 8 minutes, soit un peu plus de deux heures de moins que Lionel Lemonchois en 2006.

Une performance historique qui ferait presque oublier qu’il ne devait pas être présent à la barre du multicoque ciel et blanc. Retour en août 2014. Après avoir battu les records de la Route de la découverte (Cadix-Salvador) et de la distance parcourue en vingt-quatre heures en solitaire, Armel Le Cléac’h, skippeur titulaire et talentueux, est le favori tout désigné de cette 10e édition de la Route du rhum. Mais dans une chute banale, le marin se blesse à la main. Bilan : le tendon du pouce droit est sectionné et, surtout, le nerf médian coupé, entraînant une insensibilité totale de trois doigts.

Armel Le Cléac’h doit faire une croix sur son rêve de victoire et conserve toujours des regrets. « Je vais à l’arrivée parce qu’on me l’a demandé », lâchait le marin, un peu amer, quelques minutes avant d’embarquer pour les Antilles. A deux mois et demi du départ, Ronan Lucas, directeur de l’équipe, et Armel Le Cléac’h dressent une liste de remplaçants potentiels. Loïck Peyron, expert ès multicoques et ancien de la maison, s’impose comme  « une évidence ». « Par rapport à son expérience avec l’équipe, en multicoque et en solitaire, même s’il n’en avait plus fait depuis longtemps, il a très vite retrouvé ses marques. Tous ces éléments nous ont vite convaincus, explique Armel. Le bateau était prêt, donc il n’y avait pas de chantier prévu et Loïck a pu travaillé sans interruption. Après, il a un certain savoir-faire. Il n’est pas le dernier des marins… »

Triple vainqueur de l’OSTAR (Transat anglaise), double vainqueur de la Transat Jacques-Vabre, deuxième du Vendée Globe en 1990, double détenteur du Trophée Jules-Verne (record du tour du monde en équipage) sur Banque-Populaire V, recordman du Tour des îles britanniques… Voilà pour les grandes lignes du palmarès d’un des marins les plus titrés de la planète, qui ne comptabilise pas les services rendus au développement des trimarans de la dernière Coupe de l’America au sein de l’équipe suédoise Artemis, aujourd’hui, son principal employeur.

Pourtant, après un abandon lors de la terrible édition de la Route du rhum 2002, Loïck Peyron s’était juré de ne plus jamais refaire du multicoque en solitaire. « Jamais dire jamais, non ? », lançait-il, bravache, quelques semaines avant le jour du départ, qu’il devait à l’origine prendre sur la réplique de Happy de Mike Birch. A bord du premier bateau vainqueur de la Route du rhum en 1978, le marin avait décidé de se diriger au sextant et à la carte. « Je veux refaire une transat à l’ancienne. Ressentir le vertige de l’incertitude sur l’eau. Avoir le droit de me perdre. Et réapprendre à naviguer autrement », déclarait-il avec emphase dans un entretien à Ouest-France. « Le gars passait par là avec son petit bateau jaune quand on lui proposa le gros bleu. La vie c’est comme ça ! », résume Sidney Gavinet, son concurrent sur Musandam-Oman-Sail.

Guidé par Marcel van Triest au routage et Armel Le Cléac’h comme conseiller dans les manœuvres et le choix des voiles, Loïck Peyron ne dort quasiment pas dans les premiers jours de course, qu’il décrit comme « dantesques » malgré ses milliers de milles dévorés. « J’ai failli me mettre sur le toit en m’endormant à la barre. Je suis tombé, j’ai fait abattre le bateau et il s’est levé très haut », racontait le skippeur au troisième jour.

La pression de la course s’est, elle, vite relâchée. Quelques heures seulement après le coup de canon du départ, son principal adversaire, Thomas Coville, est entré en collision avec un cargo dans le rail d’Ouessant. Le skippeur sort indemne mais laissera le flotteur tribord de Sodebo-Ultim’ et une partie de sa coque centrale au fond de la mer. « Tout le monde attendait ce duel, même si Banque-Populaire était mieux armé pour cette course », explique Franck Cammas, dernier vainqueur et ancien propriétaire du multi de Peyron.

« Mais j’étais déjà en tête », rappelait avec son flegme naturel Loïck Peyron, qui n’aura commis que très peu de fautes pendant cette semaine. Il ne lui restait alors qu’à conforter son avance des premiers jours et contrôler son principal concurrent, Yann Guichard. Néanmoins, Spindrift 2 (l’ex-Banque-Populaire V), le plus grand trimaran du monde, avec ses 140 pieds, s’est révélé, comme prévu, extrêmement difficile à manier en solitaire.

Après le passage des Açores, Banque-Populaire VII s’est laissé glisser dans les alizés. Et, d’une cinquantaine de milles d’avance, Peyron accentuera son avance à plus de 200 milles. Personne ne le rattrapera jusqu’à son arrivée triomphale à Pointe-à-Pitre.

pap-darse

(c) Image : Jérémy EDOUARD

♦ Source : Le Monde ♦

Categories: Sport

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