Nouvelle-Calédonie : François Hollande à l’épreuve du nickel

Nouvelle-Calédonie : François Hollande à l’épreuve du nickel

Depuis le début de son exploitation en Nouvelle-Calédonie dans les années 1870, le « métal du diable » attise toutes les convoitises. Le nickel, première richesse du territoire, est au centre des enjeux politiques et économiques du Caillou où se rend dimanche François Hollande.

 Ce lundi 17 novembre, le chef de l’État découvrira l’usine métallurgique du Koniambo (KNS) également appelée « l’usine du Nord ». Ce grand vaisseau industriel est détenu à hauteur de 51 % par la SMSP, société minière de la collectivité provinciale indépendantiste, et à 49% par la multinationale Anglo-Suisse Glencore, leader mondial du négoce des matières premières, à la réputation sulfureuse.

Pièce maitresse du rééquilibrage

Cette grande fonderie de transformation du nickel, flambant neuf, connaît quelques défauts de jeunesse qui ont freiné sa rapide montée en puissance. Mais elle est considérée comme une pièce maîtresse du rééquilibrage au profit des Calédoniens et tout d’abord des populations Kanak de la Province Nord. Elle a nécessité plus de 7 milliards de dollars d’investissements, avec le soutien de l’Etat, et a généré un véritable boom économique dans la région de Koné et des villages de Voh et Pouembout, désignée « zone VKP ».

Le territoire possède un quart des ressources mondiales de nickel, et abrite deux autres usines métallurgiques : l’usine historique de Doniambo à Nouméa de la Société Le Nickel (SLN), filiale du groupe français Eramet dans lequel l’Etat détient 26% par le biais de l’entité économique BPI France, et l’usine de Goro dans le Grand sud, propriété à 85% de la multinationale brésilienne Vale.

Vifs débats

Élément central du processus de décolonisation instauré par l’accord de Nouméa en 1998, la gestion du domaine minier et des usines est l’objet de vifs débats où s’opposent partisans d’une maîtrise calédonienne de cette richesse, et partisans d’une vision plus mondialiste. Pour compliquer les choses, le groupe français Eramet se trouve entre deux feux, accusé d’incarner les « intérêts français ».

Une SLN majoritairement calédonienne ?

André Dang, l’emblématique président de la SMSP (Société minière du sud Pacifique), proche des indépendantistes calédoniens, a été nommé le mois dernier à la tête de la STCPI, l’entité qui porte les 34 % détenus par les trois provinces calédoniennes dans la SLN.
« Mystère Dang », pour reprendre le titre d’un ouvrage qui lui a été consacré, défend l’idée d’une synergie entre la SMSP et la SLN afin d’optimiser et de sécuriser les deux entités calédoniennes, concurrentes mais aussi complémentaires. À terme, il ne cache pas son désir de voir la SLN devenir majoritairement calédonienne.

L’opposition d’Eramet

Conformément à un accord signé en 1999, les provinces calédoniennes possèdent en effet 4% d’Eramet, dont la contre-valeur en actions SLN permettrait d’atteindre 50,1% de son capital. Cette conversion est cependant strictement conditionnée, et Eramet y est vigoureusement opposé de même sans doute que le puissant fonds d’investissement américain Black Rock qui détient près de 5% du leader français du ferronickel. Le SLN 25 est l’un des composants de l’acier inoxydable.

Des discussions qui n’aboutissent pas

Les discussions menées depuis octobre 2010, sous la houlette d’Anne Dutilheul, chargée par l’État d’élaborer avec les dirigeants calédoniens un schéma stratégique industriel, n’ont pour le moment, pas abouti. Faute d’entente entre les acteurs locaux, les multinationales minières et leur concurrent, le groupe français Eramet. Ce dernier possède plusieurs unités industrielles en métropole, toutes dépendantes du nickel calédonien. L’une d’elles, l’usine de Sandouville près du Havre, se trouve sur les terres politiques du ministre des Affaires étrangères et du Développement international, Laurent Fabius, qui accompagne François Hollande dans son voyage calédonien.

♦ Source : Outremer 1er ♦

 

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